Rafales

Ils passent au-dessus de nos têtes, les engins de mort, abreuvés du lait noir de l’aube. Le printemps susurre pourtant la joie de sa renaissance éternelle. Mais notre sueur ne sert plus désormais à sarcler les champs. Nous sommes devenus les chairs à pâtée fourbues et solidaires d’un dragon d’alliage se repaissant de la terre exsangue, bien que vautré loin là-haut, aux inaccessibles nues. Et le fouet du bourreau résonne sur le pont de la galère. Clac. Clac.

Et tout le jour ils sillonnent, rugissent, décousent l’azur à 666 m/s, plus rutilants que l’eau des ruisseaux. Il vont chargés et reviennent dépourvus, après avoir approvisionné les peuples en haillons de leur généreux feux, de leurs chrétiens schrapnels, de leurs déchiquettements courageux, fraternels, libres et… humanitaires.
— Je chie dans le lait de leurs réacteurs fascistes…
— Voilà qui pourrait s’avérer ardu.
C’est Hemingway que je rudoie de ma paraphrase, et aussi 1938… Le monde était alors si jeune, il me semble. Si innocent. Nos grand-parents n’avaient pas l’instruction. Tout cela était si nouveau. Avons-nous le droit de ne pas nous révolter ? Avons-nous le droit de ne pas envahir les locaux de ces chacals pour les garroter aux lampadaires, pour les mussoliner aux fenêtres des gratte-ciels, pour les ceaucescuer sur les antennes de leurs postes de commandement ?

Et moi, la fatigue me gagne. À chacun de nous de sortir de l’idiotie. À chacun de nous de faire se retourner la grande chape du monde pour laisser enfin rentrer au bercail les rayons miroitants de la lumière perdue. Depuis quand dure donc ce moyen-âge ?
—Éric McComber

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