À propos de la violence policière au Québec en 2012

Une enquête publique ? sur 99pourcentQC – YouTube

À lire, Matricule 728 – Un cas isolé ou qu’on tente d’isoler? | Le Devoir, une analyse éclairante sur les causes profondes de la violence policière, par Francis Dupuis-Déri, Professeur de science politique à l’UQAM.

Extraits :

Les spécialistes qui étudient les interventions policières savent que la police n’est pas neutre et impartiale. Comme tout le monde, la police tend à classer les individus dans des catégories, identifiant des individus comme plus respectables que d’autres, certains comme tout simplement méprisables. Le danger de tels préjugés chez la police, c’est qu’elle est armée, formée au combat, et qu’elle procède à des arrestations et porte des accusations.

Avec la mention des fameux «carrés rouges» lors de son intervention pour une bouteille de bière, l’agente 728 nous ramène quelques mois plus tôt, au cœur de la grève étudiante. Il y a eu là aussi de multiples expressions du mépris des policiers à l’égard des étudiantes et des étudiants. Professeur au collège de Rosemont, Benoit Jutras présentait dans Le Devoir (2 juin 2012) quelques insultes lancées par des policiers, glanées lors des manifestations étudiantes : «ostie d’vidange», «calisse de chienne sale», «crisse de tapette», «ostie d’lesbienne laide», «crottés d’ostie d’communistes», «gros tas d’marde», «ti-crisse d’obèse», «ostie d’vieille peau». L’homophobie s’ajoute ici au profilage social et politique.

Peut-on sérieusement penser qu’avec un tel état d’esprit et une telle perception dénigrante des citoyens qui manifestaient devant eux, les policiers intervenaient de manière raisonnable pendant la grève étudiante, dans le respect des normes et du droit ? Bien au contraire, ces insultes révèlent un mépris profond qui n’a pu qu’influencer la manière d’intervenir face au mouvement étudiant, soit avec moins de tolérance, plus rapidement et plus brutalement, et sans ce soucier d’éventuels abus commis par des collègues.

Dire maintenant qu’il s’agit d’un cas isolé, c’est encore une fois chercher à se défiler. C’est surtout tenter d’isoler ce cas, pour ne pas qu’il éclabousse l’ensemble du corps policier. Or ce cas vient rappeler douloureusement les nombreux abus commis par la police pendant la grève étudiante, mais aussi et surtout l’impunité dont jouissaient alors les policiers, malgré des cas d’abus avérés.

Pièce à conviction :
Communication de l’agente Stéphanie Trudeau, matricule 728, avec son supérieur, captée à son insu. (fichier audio mp3 8Mo)

Maintenant, à vous d’agir :
Ensemble, exigeons une commission d’enquête publique sur la violence policière de 2012 (pétition sur Avaaz.org)

Avec 3387 arrestations du 16 février au 3 septembre 2012, le Québec a connu la plus grande vague de répression policière de son histoire.
Les méthodes employées ont été brutales, souvent excessives et inadéquates. Des centaines de témoignages rapportent des sévices, des violences corporelles et verbales à répétition, du profilage politique et des stratégies d’intervention agressives sur des foules pacifiques. De nombreuses personnes ont été blessées et plusieurs jeunes porteront des séquelles permanentes. Des membres de médias citoyens ont également été brutalisés gratuitement.
Les procédures normales de plainte en déontologie policière ne s’intéressent qu’aux actions singulières et aux cas isolés. Elles ne permettent pas de faire la lumière sur l’ensemble du système de gestion de la répression qui s’est déchaîné envers les étudiants et de questionner son recours systématique à la violence.
La culture de l’impunité doit cesser. Il est temps de réclamer une enquête au nom de la vérité, de la justice et de la dignité humaine.

Les commentaires sont fermés.